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L'autonomisation technologique par l'innovation collective

Le logiciel libre en tant que mouvement social

Les Koumbitiens et les membres de la communauté ont rempli le Bar Populaire vendredi dernier, 4 mars, à l'occasion de notre plus récent 5 @ 7. Philippe de Grosbois (À Babord) et Antoine Beaupré (Koumbit) ont offert une présentation sur une question aussi fascinante que d'actualité: le logiciel libre est-il, ou devient-il, un mouvement social? Comme Philippe l'a évoqué d'emblée, les principes d'ouverture du libre, d'abord restreints à des considérations purement techniques, s'étendent désormais à de nombreux champs de connaissance et de production. Ceci facilite la préservation de la connaissance et de la culture, améliore les collaborations scientifiques et leur efficacité, et rend possible des œuvres scientifiques de plus en plus élaborées.

Philippe et Antoine ont décrit plusieurs projets qui étendent les principes du Libre au-delà du strict domaine informatique: Wikipedia, qui accumule et rend accessible le savoir humain en favorisant l'autonomie et l'égalité de tous; Creative Commons, une alternative au ''copyright'' qui donne aux créateurs des licences flexibles, et leur permet de décider quand et comment leurs créations peuvent être distribuées et réutilisées; et Bitcoin, un système monétaire indépendant, complètement numérique, et qui permet des transactions encryptées et anonymes. BitCoin est un projet ''Open Source'' de deux manières. Comme le code source, qui est ouvert à tous, la gestion du système monétaire lui-même est complètement transparente, distribuée et accessible, à un degré impensable pour le dollar ou d'autres systèmes de devises.

Wikileaks et le groupe en ligne Anonymous ont occupé le reste de la présentation. Contrairement aux exemples cités plus tôt, ces deux groupes ont une mission politique explicite. Wikileaks, une source d'informations politiques reconnue à travers le monde, met au défi les hiérachies actuelles et les autres structures de pouvoir et de connaissance de la planète. La publication sur leur site de documents secrets exacerbe la tension immémoriale entre ce que l'État souhaite cacher, et ce que les citoyens méritent de savoir. Anonymous, qui unifie les ambitions politiques d'un réseau considérable de gens de tous horizons, pose un défi tout aussi important aux pouvoirs établis.

Jusqu'à récemment, l'internet n'était au mieux qu'un outil de médiation pour les mouvements sociaux. Mais comme l'implication d'Anonymous en Tunisie et en Égypte semble l'avoir prouvé, il est possible pour le changement social de naître sur le Web et de s'étendre ensuite dans le monde réel. Le risque demeure toutefois que l'activisme en ligne ne quitte jamais l'écran. Que nous révèlent les exemples d'Anonymous et Wikileaks sur l'avenir des mouvements sociaux? Quel potentiel les idées de ces groupes possèdent-elles? Les idéaux du logiciel libre peuvent-ils sortir du cadre strictement technologique, et aboutir à la formation d'un vrai mouvement?

Ces questions ont soulevé une discussion aussi longue qu'animée, abordant des sujets allant du rôle de l'humour dans l'expression politique à la création de discussions ouvertes; à l'importance des objectifs à long terme ou de l'organisation spontanée; à l'importance d'inclure les gens 'non-techniques' et les stratégies d'organisation du 'vrai monde'; au vrai sens de la transparence (Wikileaks, après tout, a bel et bien un processus éditorial); aux stratégies de mobilisation contre la désinformation dans la sphère publique; et au potentiel de mouvements sociaux articulés autour de vraies masses populaires plutôt que sur des personnalités, des idéologies.

Avant de clôre momentanément la discussion, Philippe et d'autres participants ont souligné que le milieu du Libre demeure assez patriarcal. Les idéaux d'ouverture et de liberté valent la peine qu'on les diffuse, mais il faudra l'implication d'une communauté diverse et représentative pour que l'expression 'mouvement du libre' prenne tout son sens.